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Venu de l’Allier à Paris en passant par Nantes, Jules Maigret s’est peu à peu imprégné d'une ville qu’il a commencé à parcourir comme simple agent de police. Ayant gravi tous les échelons jusqu’à être pressenti pour être le Directeur de la Police judiciaire, il a connu pratiquement tous les services : voie publique, gares, garnis, brigade criminelle… Sa connaissance de la capitale (63 romans sur 75 s’y déroulent) est profonde, intime, jouissive, jalonnée de lieux familiers. Entre son domicile du boulevard Richard-Lenoir et le quai des Orfèvres, ses enquêtes le mènent dans tous les quartiers, bourgeois ou ouvriers, riches ou pauvres, paisibles ou pris dans l’agitation nocturne. Paris est donc bien, selon Maurice Piron, le "second personnage de Simenon".

Dédaignant en général le métro, trop clos, Maigret préfère se déplacer en surface, en autobus (où la plate-forme lui permettra longtemps de fumer sa pipe), en voiture (d’où il peut observer à loisir l’environnement car il ne conduit pas) et, très souvent,  à pied. Il s'emplit ainsi de la ville, considérée comme un terrain d’aventures : quais de la Seine et canaux où le mènent plusieurs enquêtes (on connaît l’attrait de Simenon pour le monde des mariniers), bistrots et restaurants dont la récurrente Brasserie Dauphine (qui n'existe pas), Montparnasse et son monde cosmopolite, Pigalle et ses cabarets.

Sans a priori, plus intuitif que logique, Maigret peut rester des heures à s’imprégner d’une atmosphère, à sentir les choses. Ce "fusionnement balzacien avec Paris" explique que les romans policiers de Simenon fassent plus de place à l’observation et à la compréhension des gens (les vieillards, les braves gens, les mariniers, les riches, les pauvres…) qu’à la résolution stricto sensu de l’enquête. Ce qui fait dire à François Guérif que les Maigret peuvent être assimilés à du roman noir. 

C’était bon de marcher sur le trottoir où les vélums des boutiques dessinaient des rectangles plus sombres, bon d’attendre l’autobus, à côté d’une jeune fille en robe claire, au coin du boulevard Voltaire. La chance était avec lui. Un vieil autobus à plate-forme s’arrêtait au bord du trottoir et il pouvait continuer à fumer sa pipe en regardant glisser le décor et les silhouettes des passants.

Georges Simenon – La patience de Maigret © Presses de la cité

Tag(s) : #Rues, #Quais

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