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Un meurtre dans un train de luxe et une sombre affaire d’escrocs internationaux entre Paris et Fécamp  sur fond de palaces, de monde et de demi-monde, mais aussi d’immigrés et de misère… Plus la gémellité, l'usurpation d’identité, le désir d'une autre vie, la jalousie, thèmes chers à Georges Simenon.

Pietr le Letton, la première enquête du commissaire Maigret, débute gare du Nord quand le cadavre d‘un homme est découvert dans les toilettes de L’étoile du Nord, un train Pullman reliant Amsterdam à Paris via Bruxelles, avant de se poursuivre dans un hôtel de luxe des Champs Elysées où la présence du Commissaire ne passera pas inaperçue parmi la clientèle élégante.

« Regardez-moi ça !… » Avait dit le matin une cliente du Majestic.

Mon Dieu oui ! « Ça », c’était un policier, qui essayait d’empêcher des malfaiteurs d’envergure de continuer leurs exploits, et qui s’acharnait à venger un collègue assassiné dans ce même palace !

« Ça », c’était un homme qui ne se faisait pas habiller par un tailleur anglais, qui n’avait pas le temps de passer chaque matin chez la manucure et dont la femme, depuis trois jours, préparait en vain les repas, résignée, sans rien savoir.

« Ça », c’était un commissaire de première classe aux appointements de deux mille deux cents francs par mois qui, une affaire terminée, les assassins sous les verrous, devait s’attabler devant une feuille de papier, dresser la liste de ses frais, y épingler les reçus et pièces justificatives, puis se disputer avec le caissier !» © A. Fayard, 1931

Après une incursion dans le monde de la nuit rue Fontaine et une descente du commissaire dans un hôtel de dernier ordre de la rue du Roi-de-Sicile, l’enquête se conclut à Fécamp (ville ou se situe aussi Au rendez-vous des Terre-neuvas), entre une villa luxueuse au sommet des falaises, les quais autour des bassins du port, les quartiers de pécheurs et leurs bistrots.

Pourquoi lire (ou relire) Pietr le Letton

  • C'est le premier roman écrit par Georges Simenon (le cinquième publié) mettant en scène Jules Maigret, 45 ans, commissaire de la police judiciaire, dont il est fait d'emblée une description définitive : « La charpente était plébéienne. Il était énorme et osseux ».
  • Il permet de saisir comment travaille Maigret - la « méthode Maigret » qui n'en est pas une - comment il s’imprègne du milieu et s’intéresse à toutes les pistes, tout en restant insensible aux pressions et indifférent à la morgue des riches et des puissants qui ne l’impressionnent pas : « C’était plus que de l’assurance, et pourtant ce n’était pas de l’orgueil. Il arrivait, d’un seul bloc, et dès lors il semblait que tout dût se briser contre ce bloc, soit qu’il avançât, soit qu’il restât planté sur ses jambes un peu écartées ».
  • Déjà, Maigret se pose plus en raccommodeur de destinées qu’en justicier.
  • Simenon nous plonge dans le Paris de l’avant guerre (1931) avec ses escrocs internationaux (l’affaire Stavisky éclatera trois ans plus tard), ses palaces et leurs riches clients, ses gigolos et ses demi-mondaines, le jazz au sous-sol du Majectic (le même que dans Les caves du Majestic) sur les Champs Elysées) et les trains de luxe (il y en avait encore).
  • Cette intrigue introduit des thèmes qui reviendront régulièrement chez le romancier, la double vie d’hommes ordinaires ou non, le désir d’être un autre, le besoin que l'on peut avoir un jour de s’inventer une autre existence.

Tout cela fait de Pietr le Letton un grand roman, celui d’un monde cosmopolite – le Paris des années 30 était une fête où les étrangers étaient les bienvenus à condition d'être riches, mais où les Polonais, Baltes, Russes ou Juifs pouvaient croupir dans les garnis populeux et insalubres du quartier du Marais –, ce que le juge Coméliau (déjà lui) résumera d’une phrase lapidaire : « Que diable tous ces étrangers viennent-ils faire chez nous ? ».

C'est aussi un roman de jeunesse avec des rebondissements et des coups de théâtre, des meurtres et des événements dramatiques : Maigret sera grièvement blessé et l’inspecteur Torrence tué (Simenon le ressuscitera plus tard !). Avec aussi malheureusement les stéréotypes de l'époque quand Simenon évoque le « ghetto », le quartier juif autour de la rue du Roi-de-Sicile, comme s'il se souvenait des articles sur le « péril juif » que celui qui n'était encore que Sim avait signés en 1920 dans La gazette de Liège.

Tag(s) : #1931, #Rues, #Normandie, #Paris, #Gares parisiennes, #Hôtels

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