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Dernier Maigret très noir que Maigret et Monsieur Charles. Une enquête qui commence mal (dixit le commissaire) quand la femme d’un important notaire parisien vient signaler sa disparition, un événement pourtant habituel chez cet homme habitué aux escapades amoureuses… Mais cette fois-ci, un mois, cela paraît bien long. Maigret tourne en rond, n’a rien de tangible, pas de corps, mas de messages. Il ne peut qu'interroger Nathalie Sabin-Lévesque, dans son bureau puis dans le luxueux appartement qu’elle occupe boulevard Saint-Germain.

 

Maigret et Monsieur Charles est un roman aux dialogues nombreux et aux descriptions rares. Des dialogues avec la femme du notaire et avec le personnel de l’étude et de la maison, le concierge (un homme pour une fois), des tenanciers de boites de nuit et même une ancienne entraîneuse devenue marchande de fleurs. Ce sont toutefois les échanges avec Nathalie qui constituent le point fort du roman, des échanges au cours desquels la bonhomie de Maigret se fissure devant l’agressivité, que favorise la boisson, de son interlocutrice. Pourtant il essaie - « C’est cette femme, je ne peux pas m’empêcher d’en avoir pitié » dit-il à Mme Maigret - et s’obstine même quand il est tout simplement éconduit. 

Il y a une chose, disait Pardon, que j'ai de la peine à comprendre. Vous êtes tout le contraire d'un justicier. On dirait même que, quand vous arrêtez un coupable, vous ne le faites qu'à regret.
- Cela arrive, oui.
- Et pourtant vous prenez vos enquêtes à cœur comme si cela vous touchait personnellement...
Et Maigret avait répondu simplement:
- Parce que c'est chaque fois une expérience humaine que je vis. Quand on vous appelle au chevet d’un malade inconnu, est-ce que vous ‘en faites pas une affaire personnelle, vous aussi ?

Georges Simenon – Maigret et Monsieur Charles © Ominibus

Ce dernier roman d'une longue série est une peinture sans concessions et sans fard du drame de la dépression et de l’alcoolisme à travers le portrait de Nathalie Sabin-Lévesque, une femme orgueilleuse qui n’a pas su ou pu surmonter l’abandon et la solitude. Le portrait est d’autant plus sombre que contrairement à Aline Calas (Maigret et le corps sans tête) qui, d'une certaine manière, a délibérément opté pour l’alcoolisme et l’accepte dans un défi à son monde d’origine, Nathalie se noie dans le cognac comme dans le désespoir. En dépit de l'hostilité qu’elle lui manifeste, Maigret essaie de la comprendre et a même de l’empathie pour elle. Comme il le dira à son ami Pardon qui lui fait remarquer combien il prend à cœur ses enquêtes : « Parce que c'est chaque fois une expérience humaine que je vis. Quand on vous appelle au chevet d’un malade inconnu, est-ce que vous n’en faites pas une affaire personnelle, vous aussi ? »

 

C’est aussi le thème de la double vie que l’on retrouve ici, pas une vie cachée comme dans Maigret et l’homme du banc , mais une vie assumée par un homme joyeux, toujours de bonne humeur, comme si ses fugues en galante compagnie étaient une façon de rester dans le monde de l’enfance. Maigret n’aura toutefois pas besoin de reconstruire cette vie (comme il le fait dans Maigret et la jeune morte), différents témoins se chargeant de lui faire le portrait du notaire.

 

Jules Maigret, commissaire divisionnaire, chef de la brigade criminelle, quitte la scène à la fin de cette histoire sinistre, après avoir refusé, par amour de la police active, le poste de directeur de la P.J. qu’on lui proposait. C’est un homme vieillissant et désabusé qui travaille une dernière fois avec le vieux juge Coindet, qu’il connaît depuis ses débuts, et passe la main à une équipe fidèle qui saura prendre la relève. C’est la fin d’une époque et c’est d’une voix brouillée qu’il confie au juge une affaire résolue et une personne qui, contrairement à lui, se trouve soudain « très à son aise » devant le magistrat.

Tag(s) : #1972, #Paris

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