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L'enquête, considérée d'abord comme une corvée, mène Maigret à Sancerre où un paisible représentant de commerce, Emile Gallet, a été assassiné. Monsieur Gallet, décédé, paru en 1931, est une histoire assez sordide dans laquelle les faux semblants sont légion. Entre suicide déguisé, double usurpation d'identité, escroquerie et chantage, l’intrigue est complexe et se situe dans le monde clos de petits bourgeois avides de respectabilité où Mme Gallet tient sa place et son rang - « On sentait que pour elle la dignité n'était pas un vain mot ». - et de la petite aristocratie provinciale.

 

« Pour Mme Gallet, du moins, Maigret était désormais fixé. C'était une femme d'une cinquantaine d'années, franchement désagréable. Malgré l'heure, la chaleur, la solitude de la villa, elle était déjà armée d'une robe de soie mauve et pas un de ses cheveux gris ne sortait d'un rigide alignement. Enfin, le cou, le corsage et les mains étaient plein de chaînes d'or, de broches et de bagues cliquetantes. »

 

Dans ce roman sombre d'où l'âme humaine ne sort pas vraiment grandie, Simenon semble avoir voulu mettre toute la laideur dont les femmes et les hommes sont capables. Seul Emile Gallet, auquel Maigret finit par s’attacher, sort du lot, un homme en apparence médiocre qui se battait pour survivre et  faire vivre une famille qui ne lui en était pas reconnaissante pour autant. Mais face à la cupidité, à l'envie et à la petitesse, Maigret ne se pose pas en justicier, son côté humain apparaît vite et contraste avec le strict rôle de l’investigateur. On retrouve cette facette dans Le pendu de Saint-Phollien.

 

Du point de vue de l’intrigue proprement dite, le lecteur reste sceptique face à cette histoire de double identité et de meurtre dans une mise en scène qui se révèle finalement peu plausible. Nombreux sont d'ailleurs ceux qui ont souligné dans les enquêtes du commissaire la faiblesse de l’énigme policière proprement dite, comme John Cowper Powis, cité par Pierre Assouline :  

 

« I never thought I'd live to see the day that I'd be reading detective stories, but the detective element of Simenon's books is their weakest aspect, generally rather unconvincing. All the rest - atmosphere, composition, narration, and characters - is wonderful, at least for me. »

 

Comme le dit l’écrivain gallois, tout est dans l’atmosphère, ici sombre et délétère, parfois tempérée par une touche d’insouciance et de légèreté qui contraste avec la rigidité respectable de Mme Gallet et les louches manigances de son fils et de sa maîtresse :

 

« En face de la mairie, des gens étaient attablés à la terrasse d’un café et il se dégageait de l’ombre des vélums rayés de rouge et de jaune comme une ambiance de bière fraîche, de glaçons flottants dans des apéritifs odorants, de journaux arrivés de Paris. »

 

Monsieur Gallet, décédé fut le premier « Maigret » à être publié, avec Le pendu de Saint-Pholien. Les deux ouvrages furent lancés au cours du célèbre Bal anthropométrique du 20 janvier 1931 au cabaret « La boule-blanche » à Montparnasse, qui rassembla ce qu’on appelait alors le « Tout-Paris ». Ce coup de poker fut un coup de maître et en quelque sorte à l’origine du marketing littéraire. Simenon était lancé, Maigret ne tarderait pas à suivre…

 

Le personnage se peaufinera dans les romans publiés ensuite. Pour ma part, je trouve les deux premiers que Simenon ait écrits, Pietr le Letton et Le charretier de La Providence, mais publiés un peu plus tard, très nettement supérieurs, tant pour l’intrigue que pour l’atmosphère.

Tag(s) : #1931, #Sancerre, #Scènes de la vie de province

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