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Le roman comporter deux enquêtes, la première sur l’assassinat d’un voleur, Honoré Cuendet, que connaissait et respectait Maigret mais dont il ne peut s’occuper car celle-ci est jugée peu importante par le Parquet, une seconde, la traque de malfrats responsables de hold-up sanglants, qui est elle considérée prioritaire par les autorités. Celle-ci va constituer une longue parenthèse avant que le commissaire puisse à nouveau se consacrer à l’affaire qui l’intéresse en premier lieu ; question de curiosité mais aussi de respect, de fidélité au passé. Les deux enquêtes seront résolues, en partie seulement toutefois, de par la difficulté à obtenir des aveux de truands chevronnée ou de disposer de preuves tangibles.   

Histoire d’un demi-échec, Maigret et le voleur paresseux revient sur les désillusions de Maigret devant l’évolution du rôle et du travail de la police. On put même parler de rébellion devant l’importance croissante que prend un Parquet composé de jeunes gens bardés de diplômes mais peu familiers du terrain, obsédés qui plus est par la peur d’être pris en défaut (1). Une rébellion qui conduit celui qui « continue de croire à l’homme » à confier à son ami Pardon son écœurement devant une police qui n’a plus pour objectif principal de veiller sur la vie des individus, mais de protéger « l’Etat, d’abord, le gouvernement, quel qu’il soit, les institutions, ensuite la monnaie et les biens publics… » 

« Maintenant, on les obligeait à tricher. On, c’était le Parquet, les gens du ministère de l’Intérieur, tous ces nouveaux législateurs enfin, sortis des grandes écoles, qui s’étaient mis en tête d’organiser le monde selon leurs petites idées.

La police, à leurs yeux, constituait un rouage inférieur, un peu honteux, de la Justice avec une majuscule. Il fallait s’en méfier, la tenir à l’œil, ne luis laisser qu’un rôle subalterne. »

Les deux enquêtes ne sont pas mises sur le même plan par Simenon : avec ses filatures, ses témoignages et le travail de la police scientifique, la procédure prévaut pour l’affaire des braqueurs de banque ; d’autre part, Maigret travaille patiemment pour découvrir qui a bien pu assassiner son voleur, selon la « méthode Maigret » qui l’amène à monter les étages et à pénétrer dans l’intimité des résidents pour de longues conversations. Tout cela dans la plus grande discrétion, sans instructions et surtout sans autorisation, pour ne pas heurter la dignité et la respectabilité de ces « magistrats sérieux, appartenant à la meilleure bourgeoisie de Paris. »

Roman d’une désillusion certaine, Maigret et le voleur paresseux est également un témoignage sur les changements que connaît la société. Ceux concernant le travail de la police, déjà mentionnés, mais aussi les truands, qui autrefois « savaient à peine lire et écrire » et « portaient leurs profession sur leur visage » et qui sont devenus des « techniciens ». Même les petits établissements populaires, les « restaurants de chauffeurs », qu’affectionne le commissaire disparaissent, bientôt remplacés par des self-services.

« En réalité, c’était une récréation qu’il s’était offerte, comme à la sauvette, et il en avait un peu de remords. Pas trop cependant parce que d’abord, Olga n’avait pas exagéré quant à l’andouillette, ensuite parce que le beaujolais, encore s’un peu épais, n’en était pas moins fruité, enfin parce que dans un coin, devant une table sur laquelle le papier rugueux tenait lieu de nappe, il avait pu ruminer à son aise. »

Maigret et le voleur paresseux m’a fait un peu changer d’avis sur les enquêtes de Maigret chez les truands, que j’ai toujours considérées marginales dans l’œuvre et peu convaincantes. Celle-ci est bien menée et crédible. La description des filatures et la mise en place des sourcières pour « loger » et « serrer » les truands sont spectaculaires et décrivent bien la coordination entre les services. On peut y voir la démonstration – ce n’est pas la première dans l’œuvre de Simenon  –  de l’expérience et du métier des policiers face à l’opinion péremptoire assortie d’une frilosité maladive des magistrats. Parallèlement, Maigret se fera plaisir en élucidant le meurtre du voleur paresseux, crime qui restera certainement impuni, et en témoignant à sa manière son empathie pour les « femmes » de Cuendet ; une dernière pique contre une magistrature bien pensante soucieuse d’éviter tout remous quand les intérêts de la haute société sont concernés.  

Signe de cet antagonisme, la longue conversation entre le commissaire et Mme Maigret, dans laquelle il résume la vie de Cuendet et fait le point sur son enquête. Comme si, privé par le parquet d’investigation officielle et donc de la possibilité de mettre ses inspecteurs en mouvement, son épouse devenait alors le seul interlocuteur avec qui il puisse confronter ses hypothèses. (815…)

(1) Le roman a été écrit en 1961. L’Ecole nationale de la magistrature (alors Centre national d’études judiciaires a été fondé en 1958. Pour une fois, Simenon colle à l’actualité…

Extraits tirés de Maigret et le voleur paresseux in Tout Maigret VII © Omnibus, 2017.

Tag(s) : #Paris, #1961, #Lognon

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