Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Drôles de vacances pour le commissaire. A peine arrivé aux Sables-d’Olonne, Mme Maigret est hospitalisée pour une crise d’appendicite et le voici désœuvré, particulièrement bougon, errant dans la ville et attaquant au blanc sec dès dix heures du matin. Un mot glissé dans sa poche par une infirmière de la clinique va toutefois lui donner l’occasion, en marge de l’enquête officielle, de d’intéresser au décès suspect d’une jeune femme, tombée d’une automobile, puis à l’assassinat d’une petite fille.

 

Maigret va procéder à sa manière, par petites touches, en conversant avec les joueurs de bridge qui se réunissent l’après-midi à la Brasserie du Remblai – l’un d‘entre eux, principal témoin de l’accident, sera vite promu au rang de suspect – et en faisant du porte à porte chez les commerçants du front de mer. Une enquête de proximité minutieuse et patiente, comme Maigret les aime, et comme s’il voulait montrer à ses collègues sablais comment procéder.

 

Une fois de plus, Simenon excelle dans la description d’une petite ville de province – « La ville n’est pas si grande » – et de ceux qui y vivent, bourgeoisie hautaine et sûre d’elle, petits commerçants aisés, milieux populaires frappés par le malheur, sans oublier les religieuses-infirmières de la clinique : « Il s’était promis d’être diplomate, mais cette grande bourgeoise en cornette l’irritait, il ne savait pas pourquoi. ». Et comme souvent, Maigret manifeste son hostilité, discrète mais réelle, au gens d’en haut – « C’était une question de caste, en quelque sorte, et le commissaire commençait à en avoir chaud aux oreilles. » – qui jusqu’au bout, même devant l’évidence, se protègent entre eux : « On devinait que le juge d’instruction, débarrassé enfin du policier, s’apprêtait, tout en s’installant sur la banquette, à pester contre cette comédie. »

 

Drame de la jalousie morbide, Les vacances de Maigret allie magnifiquement l’observation d’une ville balnéaire que Simenon connait bien à l’illustration de la « méthode » Maigret. Alors que le commissaire est confronté à un homme qui lui ressemble finalement un peu, un homme intelligent sans passé criminel, se pose aussi la question de comment et pourquoi devient-on un assassin.

 

Dans une connotation plus personnelle, on pourra opposer l’amour fou que porte Bellamy à son épouse, avec les conséquences que l’on sait, aux relations plus paisibles mais oh combien solides entre le commissaire et Mme Maigret.

 

« Maintenant l’habitude était prise. C’était devenu un rite. Il restait une demi-heure. Il n’avait rien à dire. La présence de la vieille fille rageuse l’empêchait d’ouvrir la bouche. Au fait, en période normale, qu’est-ce qu’il racontait à sa femme quand il était avec elle ? Il lui arrivait aujourd’hui de se le demander. Rien en somme. Alors pourquoi, toute la journée, lui manquait-elle tellement ? » © Omnibus 2007

 

Roman de la destinée autant que roman policier, Les vacances de Maigret, bien que mêlant l’ambiance de l’enquête à celle des vacances, est peut-être l’histoire la plus triste à laquelle est confronté le commissaire. Car ici, toutes les victimes sont très jeunes, peut-être les plus jeunes de toute la série, et le frère et la sœur assassinés étaient les seuls enfants de leurs parents. Trois morts, finalement, pour rien.

Tag(s) : #1947, #Scènes de la vie de province, #Vendée et Charentes

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :