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Alors qu’il profite de sa retraite à Meung-sur-Loire, Maigret reçoit la visite de Jean Maura, un jeune homme qui s’inquiète pour son père, un important homme d'affaires qui travaille et vit à New York : les lettres qu’il reçoit de lui, d’habitude très affectueuses, le montrent depuis quelque temps inquiet, voire angoissé. Maigret accepte d'accompagner Maura aux Etats-Unis, mais, au moment de débarquer, celui-ci disparaît inexplicablement.

 

Ce qui pourrait n’être qu’une banale aventure de circonstance – Simenon vient de s’installer en Amérique du Nord – devient pour Maigret une véritable enquête de terrain dans une ville qui lui est en tous points étrangère. Tout comme elle l’a certainement été pour Simenon à son arrivée. L’ex-commissaire bénéficie bien de l’aide d’un de ses collègues de la Police fédérale mais, fidèle à sa méthode ou à son absence de méthode, il s’imprègne surtout de la ville, de la 5ème avenue au Bronx, traverse Harlem, monte les étages, frappe aux portes, pose des questions, fréquente quelques bars… cela dans un anglais approximatif hérité de ses années de collège.

 

« Je nage, lieutenant… Sans doute nageons-nous tous les deux. Seulement, vous, vous luttez contre le flot, vous prétendez aller dans une direction déterminée, alors que moi je me laisse aller avec le courant en me raccrochant par-ci par-là à une branche qui passe. »

 

La patience et la ténacité finiront par payer et le mystère, une sombre histoire de menaces et de chantage, sera résolu, trop facilement peut-être : les dernières pages – l’interrogatoire téléphonique en règle à 5 000 km de distance d’un témoin capital, responsable plus que coupable – sont peu crédibles. C’est là que réside la faiblesse de l’intrigue de Maigret à New-York, qui reste avant tout un bon roman d’atmosphère.

 

Une atmosphère qui n’est pas celle qu’affectionne Maigret qui se demande dès son arrivée ce qu’il est venu faire dans cette ville – « Il pleuvait. On roulait dans un quartier sale où les maisons étaient laides à en donner la nausée. Etait-ce cela New-York ? » – et qui donnera la réponse à la fin du roman : « Rien du tout ». Maigret le terrien devenu citadin pendant sa longue carrière à la P.J. a retrouvé les plaisirs de la campagne – « Je suis devenu jardinier, voyez-vous. » - et n’a finalement guère envie de découvrir une nouvelle ville ni de se plonger dans un pays qu’il peine à comprendre. Sa désinvolture est flagrante :

 

« - Content ?

- Non.

- Déçu ?

- Pas davantage.

- Echec ?

- Je n’en sais rien. »

 

Cette escapade de quelques jours aura quand même été l’occasion de découvrir une autre réalité : la modernité avec les machines « à débiter de la musique », les limites de l’action de la police face à la question des libertés, la mafia sicilienne et la difficulté de recueillir des témoignages dans des immeubles où il n’y a personne pour vous aider :

 

« Il n’y avait pas de concierge dans la maison, comme dans les maisons françaises, et c’est ce qui compliquait la tâche du commissaire. Rien que des boites à lettres, dans le corridor du rez-de-chaussée, peintes en brun, avec un numéro, quelques-unes avec une carte de visite jaunie ou avec un nom gravé sur une bande de métal. »

 

Citations © Omnibus 2007

 

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Le monde de Maigret - 7

Tag(s) : #1946, #Etats-Unis

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