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Un Maigret à l’intrigue apparemment banale : Manuel Palmari, le chef présumé d’une bande de voleurs de bijoux, invalide suite à un règlement de comptes, est assassiné chez lui. Un homme que Maigret connaissait bien Palmieri lui servait à l’occasion d’indicateur – et avec qui il avait établi « des liens subtils, difficiles à définir ». L’enquête sera rapide – deux jours – et mettra un terme à la longue traque par la PJ du gang dévalisant les bijouteries, déjà évoquée dans Maigret se défend, soit l’unique exemple à ma connaissance d’une histoire développée sur deux romans consécutifs de la série.  

L’intérêt de La patience de Maigret est surtout dans l’illustration de la méthode Maigret.

Le travail de proximité. L’action se déroule en grande partie dans l’immeuble de la rue des Acacias, dans le quartier des Ternes, où le crime a eu lieu et dans lequel le commissaire a l’impression de parcourir « une sorte de Paris condensé » : une Américaine excentrique, un barman, des rentiers, deux représentants de commerce, une pédicure, un moniteur de gymnastique, des gens modestes et des bonnes dans les chambres du dernier étage, sans oublier la victime, une figure du milieu sur le retour… Fidèle à ses habitudes plus qu’à une méthode dont il ne veut pas entendre parler, il interroge, monte les étages (« Je ferai du porte-à-porte, comme un marchand d’aspirateur »), flaire, prend position dans un bistrot ou dans une loge de concierge, s’imprègne de l’atmosphère…  

« Si le préfet pète sec avait pu voir Maigret en ce moment, ne l'aurait-il pas encore accusé de se livrer à un travail indigne d'un divisionnaire ?

Pourtant, c'est ainsi que le commissaire avait réussi la plupart de ses enquêtes : en montant les escaliers, en reniflant dans les coins, en bavardant à gauche et à droite, en posant des questions futiles en apparence, en passant des heures dans des bistrots parfois peu recommandables. »

La chansonnette. Bien qu’elle n'ait pas lieu dans le cadre formel des locaux du quai des Orfèvres, la « conversation » de Maigret avec le maître d’hôtel du Clou Doré, un restaurant appartenant à Palmieri, entre dans le cadre de ce type d’interrogatoire « bon enfant, cordial, avec l’air de n’attacher aucune importance aux questions posées » que le commissaire affectionne.

L’instinct. C’est ce qui amène Maigret, lors de la confrontation avec Barillard, à ne pas l’assommer de preuves mais à « éveiller l’inquiétude du représentant de commerce, à le mettre volontairement sur ses gardes ». Un élément de la méthode qui a le don d’irriter les juges d’instruction, Cornéliau en particulier.

La patience de Maigret est placé sous le signe des souvenirs, voire d’une certaine nostalgie : « La journée avait commencé comme un souvenir d’enfance, éblouissante et savoureuse. » En effet, la traque des voleurs de bijoux occupe la police judiciaire depuis de longues années, vingt en fait, et amène le commissaire à se remémorer des épisodes de sa vie professionnelle, ses débuts dans la police par exemple, comme secrétaire du commissaire du quartier Saint-Georges (La première enquête de Maigret), l’enquête sur la bande des Polonais (qui revient dans plusieurs romans et nouvelles) ou ses relations conflictuelles avec le juge Corneliau… L’occasion aussi de se souvenir de ses premières années à Paris et la relation intime qui le lie depuis à la ville :

« Les premiers temps de son arrivée à Paris, il pouvait rester un après-midi entier à une terrasse des Grands Boulevards, ou du boulevard Saint-Michel, suivant des yeux la foule mouvante, observant les visages, s'efforçant de deviner les préoccupations de chacun. »

C'est aussi un roman sur les relations conflictuelles entre les êtres, en particulier entre Manuel Palmieri, le vieux caïd qui ne voit pas arriver les jeunes truand plus audacieux et plus violents, et sa protégée et maîtresse Aline, que le temps et la différence d’âge vont contribuer détruire. Et aussi la relation charnelle, bestiale – Simenon accumule les termes mâle, femelle, combat de fauves, hyène – entre Aline et Barillard, qui finira en « déchaînement de haine », en « explosion d’animalité ».

Loin de cette grisaille du quotidien et des relations qui s’effilochent, le roman est aussi l’occasion d’évoquer la beauté de Paris sous le soleil – l’enquête se déroule en juillet – dès que Maigret prend son petit-déjeuner par exemple…

« Les fenêtres de l’appartement étaient larges ouvertes, laissant pénétrer les odeurs du dehors, les bruits familiers du boulevard Richard Lenoir, et l’air, déjà chaud, frémissait ; une fine buée, qui filtrait les rayons du soleil, les rendait presque palpables. »

… ou quand Simenon livre un tableau impressionniste que ponctuent quelques bruits familiers du Paris d’alors :

« En fin de matinée, les avenues, les rues de Paris étaient un véritable feu d'artifice dans la chaleur de juillet et on voyait partout des éclaboussures de lumières ; il en jaillissait des toits d'ardoises et des tuiles roses, des vitres des fenêtres où chantait le rouge d'un géranium ; il en ruisselait des carrosseries multicolores des autos, du bleu, du vert, du jaune, des klaxons, des voix, des grincements de freins, des sonneries, du sifflet strident d'un agent. »

Citations © Omnibus, 2007.

Tag(s) : #1965, #Paris

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