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Maigret est charmé par le printemps qui vient mais perd de sa bonne humeur lorsque on lui dérobe son portefeuille alors qu’il fume sa pipe sur la plate-forme d’un autobus. Quelques heures plus tard, la rencontre avec son voleur « repenti » va lui faire découvrir le monde du cinéma et une certaine bohème parisienne. Son humeur va encore baisser d’un cran quand François Ricain, son voleur, le conduit dans son appartement ou il a découvert un peu plus tôt sa femme assassinée.  

 

Le commissaire est un peu désemparé devant un monde qu’il connait mal. Ricain ne lui fait-il d’ailleurs pas remarqué qu’il ne peut vraiment le comprendre, question de générations sans doute… C’est le monde de la nuit, mais loin de Pigalle et des cabarets, celui des fêtes et des discussions interminables dans les bars, également celui de la promiscuité entre les êtres et d’une liberté sexuelle qui va marquer les années soixante. L’évocation de certaines pratiques à faire bondir les féministes prend tout une autre dimension aujourd’hui :

 

  • Et M. Carus ?
  • Carus a autant de filles qu’il en veut, toutes celles qui ont envie de faire du cinéma ou de la télévisions…
  • Il en profite ?
  • Je crois…

La peinture du milieu du cinéma dont s’occupe Maigret est intéressante. Ces jeunes filles et ces jeunes gens avides de réussite, tous liés autour de Carus, le producteur prodigue dont ils attendent beaucoup, ne sont finalement dominés que par leur ambition et font peu de cas des liens qui pourraient les unir. Journaliste, scénariste, sculpteur… ce ne sont que des gens qui ne se connaissent pas vraiment et qui, en fait, ne se respectent pas les uns les autres. La scène dans laquelle Maigret observe toute cette faune au Vieux pressoir, où elle a ses habitudes, tel un gros chat qui attendrait le moment opportun pour attaquer, est à ce propos assez extraordinaire. Loin des enquêtes de voisinage « Je t’avais bien dit que c’était celui-là… Je me demande s’il reviendra… Il parait qu’il fait tout lui-même et il y a des chances pour qu’il nous questionne les unes après les autres. » – c’est ici l’attente et la ruse que privilégie Maigret, dans le restaurant comme au quai des Orfèvres quand il met un des protagonistes pendant des heures à la « glacière », la salle d’attente vitrée près des bureaux du commissaire et des inspecteurs.

 

Le voleur de Maigret est un roman assez atypique en ce sens qu’il propose un plan compliqué échafaudé par l’imagination fertile d’un personnage intelligent mais instable « Il passait sans transition de la déraison au bon sens, de la panique aveugle au raisonnement le plus lucide. » – qui se perd en voulant être trop intelligent, car l’intelligence est vaine si elle « ne s’appuie pas sur une certaine force de caractère ». Un roman intéressant pour l’étude d’un milieu très différent de celui auquel Maigret est en général confronté – les beatniks sont rarement mentionnés dans l’œuvre – mais qui pèche par une intrigue un peu trop complexe pour être parfaitement crédible.

 

 

Citations © Omnibus, 2007

En écrivant un roman, je vois mes personnages et les connais dans leurs moindres détails, y compris ceux que je ne décris pas. Comment un metteur en scène, un acteur pourraient-ils donner cette image qui n'existe qu'en moi ? Pas par mes descriptions, toujours brèves et sommaires, puisque je veux laisser au lecteur le soin de faire jouer sa propre imagination.

Mémoires intimes © Presses de la Cité, Paris, 1981

Tag(s) : #1966, #Paris

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