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Bien qu’il ne soit pas officiellement impliqué, nous sommes ici dans la dernière enquête en province de Maigret. En cure à Vichy avec sa femme, c’est aussi pour le commissaire un retour au pays, dans l’Allier où il est né. Alors que le temps s’écoule calmement pour le couple, entre promenades, passages aux fontaines et dîners légers à l’hôtel, l’assassinat d’une femme apparemment sans histoire, qui loue des chambres aux curistes, va intriguer Maigret qui suivra de l’extérieur l’enquête que mène le commissaire Lecoeur, un de ses anciens inspecteurs à la PJ.

Dans Maigret à Vichy, la naïveté d’un homme s’oppose au machiavélisme de deux êtres sans scrupules. Une fois de plus, derrière la modestie et la respectabilité se cache une sordide affaire de chantage et de manipulation. Mais, au-delà de l’enquête, le roman est surtout centré sur un Maigret vieillissant, un peu usé par les abus et qui a finalement décidé de se prendre en main, de ne pas mettre en péril les années qui sont devant lui. Comme l’écrit très justement Michel Carly : « A-t-il le sentiment d’avoir oublié de vivre à force d’entrer dans l’existence des autres ? »

« Plutôt mourir jeune qu’entrer en « état de maladie » …
Il appelait « état de maladie » cette partie de l’existence pendant laquelle on écoute son cœur, on est attentif à son estomac, à son foie ou à ses reins, avec, à intervalles plus ou moins réguliers, l’exhibition de son corps nu au médecin.
Il n’avait plus envie de mourir jeune, mais il repoussait le moment d’entrer en maladie. »

Maigret à Vichy aussi un roman du couple Maigret, qui déambule dans les rues et les parcs de la ville thermale, souvent sans but précis, et qui donne dès le premier chapitre l’impression de complicité et de tendresse déjà rencontrée dans Maigret s’amuse. Mais ici aussi, l’oisiveté pèse à Maigret, ce qui le conduira à tenter de percer la personnalité de la victime et à s’intéresser de près à la façon de procéder de l’un de ses anciens collaborateurs.

« Qu’avaient-ils d’autre à faire de leurs journées ? Ils marchaient, d’un pas nonchalant. De temps en temps, ils s’arrêtaient, non pas parce qu’ils étaient essoufflés, mais pour regarder un arbre, une maison, un reflet de lumière ou un visage. »

Roman « à l’eau de Vichy », comme il y a des romans « au calvados » ou « au vin blanc », Maigret à Vichy clôt brillamment les « scènes de la vie de Province » de Simenon, qui écrivit le roman très vite après un séjour en famille dans la ville thermale…

Enfin, c’est à ma connaissance l’un des rares romans (le seul ?) de la série comportant des allusions directes à la littérature :

« Sa dernière lecture a été Lucien Leuwen, de Stendhal.
— Stendhal était sa plus récente découverte… Elle a lu auparavant tout Chateaubriand, Alfred de Vigny, Jules Sandeau, Benjamin Constant, Musset, George Sand… Toujours les romantiques… Un jour, elle a emporté un Balzac, je ne sais plus lequel, et elle est venue le rendre le lendemain… Je lui ai demandé si cela lui avait déplu et elle a répondu quelque chose comme :» — C’est trop brutal…
 Balzac, brutal ! »

Toutes les citations © Omnibus, Paris

Tag(s) : #1967, #Scènes de la vie de province

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