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Si j’ai écrit à plusieurs reprises que je ne trouvais pas Simenon très à son aise dans ses romans se déroulant dans le monde de la pègre, La colère de Maigret vient contredire cette opinion. Peut-être parce que, bien que le monde de la nuit et les cabarets de strip-tease de Pigalle soient au centre du roman et qu’il soit fait référence à un règlement de comptes entre truands, l’intrigue est ailleurs.

 

Qui avait donc intérêt à éliminer Emile Boulay, propriétaire de quatre établissements de nuit, un homme rangé et prudent en affaires menant une vie de famille tranquille, une personnalité bien éloignée des stéréotypes attachés à ce genre de tenancier ? Et quand l’autopsie révélera qu’il a été étranglé « Or, ni Maigret, ni Lucas, malgré leurs nombreuses années de service dans la police, ne se souvenaient d'un seul crime du milieu commis par strangulation. » – et que la mort remonte à deux jours au moins avant la découverte du corps, le mystère s'épaissit. 

 

L’enquête tourne autour du quartier de Montmartre où sont situées trois des boites de nuit de Boulay, son logement et celui de son avocat. Un quartier, un peu comme un village, que Maigret connaît bien et où il semble revenir avec plaisir : « Et cela ne lui déplaisait pas, au fond, de retrouver l'air de ce Montmartre-là, qu'il n'avait pas respiré depuis des années. » Il y retrouvera quelques connaissances dont le chasseur d'une boite de nuit, Mickey, déjà rencontré dans Maigret au Picratt’s. C’est aussi pour le commissaire, qui piétine un peu, l’occasion de s’échapper un dimanche avec Mme Maigret à l’auberge le Vieux-Garçon à Morsang, celle de La guinguette à deux sous et, et sous un autre nom, de Signé Picpus.

 

Roman mêlant fausses pistes – Boulay a-t-il trempé dans l’assassinat de Manzoni ? – et préjugés – les patrons de boites de nuit ne sont-ils pas tous des truands ? – La colère de Maigret montre le commissaire peinant à avancer dans la recherche de la vérité.

 

« Il avait son air lourd, têtu, des plus mauvais moments d’une enquête, quand on ne sait pas par quel bout la prendre et qu’on essaie, sans confiance, dans toutes les directions. »

 

Bien sûr, il reste les convictions fondées sur l’expérience – « les gens du milieu, les truands, comme on dit aujourd’hui, n’étranglent pas. » – ou le simple bon sens – « Un avocat ne tue pas ses clients… » – mais cela ne mène Maigret nulle part. Ce n’est qu’à la toute fin du roman, en faisant le lien avec d’autres affaires de petite délinquance, qu'il commencera à entrevoir la vérité, une vérité bien sordide qui donnera tout son sens au titre du roman. La fin sera glaçante, assez ambiguë, avec un Maigret furieux certes, mais comme tenté pour une rare fois par un désir de vengeance…

Tag(s) : #1964, #Paris

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