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Après Le chien jaune, Maigret retrouve pour sa neuvième enquête le monde rude des marins-pêcheurs. A la demande d’un de ses amis d’enfance, instituteur à Quimper, il va profiter de ses vacances d’été avec Mme Maigret pour se livrer à des recherches officieuses. Le capitaine d’un morutier, Octave Fallut, a été retrouvé, étranglé, dans un bassin du port de Fécamp le jour de son retour de campagne sur les bancs de terre-Neuve. Une mauvaise campagne, marquée par de nombreux incidents et la mort d’un mousse dont c’était le premier embarquement.

 

Maigret va tâcher de prouver l’innocence du télégraphiste du navire, Pierre Le Clinche, vite désigné comme suspect, et de faire la lumière sur cette affaire complexe. Depuis un café du port qui donne son titre au roman, il va enquêter auprès de marins plutôt taiseux, dans une ambiance pesante, « saumâtre », et d’une « fille », Adèle, dont l’attitude provocante perturbe les esprits.

                                                                                           

« Une belle fille, dans l’acception populaire du terme. Une fille à la chair appétissante, aux dents saines, au sourire provoquant, au regard toujours allumé.

Plus exactement une belle garce, frôleuse, gourmande, prête à provoquer un scandale ou à rire aux éclats d’un grand rire peuple. » © Omnibus.

 

A Adèle, par qui le scandale et le drame arrivent – une mort violente, un assassinat, une tentative de suicide –, Simenon oppose Marie Léonnec, la fiancée de Le Clinche, convaincue de l’innocence de l’homme qu’elle aime et prête à tout pour le garder.

 

Les hommes qui gravitent autour des deux femmes – Fallut, le vieux capitaine, « petit bourgeois méticuleux » à la vie rangée, pris par le démon de midi ; Le Clinche, terne et sans caractère ; Buzier, petit escroc et souteneur d’Adèle ; des marins frustes et violents, habitués à une vie rude… – font figure d’êtres ballotés par les circonstances, incapables d’assumer leurs choix et de faire face à leurs responsabilités. On trouve pourtant une velléité de de révolte et de colère chez ces faibles, même si celle-ci vise surtout des êtres vulnérables : épouses ou compagnes, enfants, personnels…

 

Faute d’indices et de témoignages fiables, Maigret va devoir une fois encore faire preuve d’imagination pour reconstituer les faits et comprendre ce qui a pu se passer au cours de cette campagne catastrophique :

                                                                                   

« Maigret avait recréé, pour lui, le capitaine Fallut. Il avait fait la connaissance du télégraphiste, d’Adèle, du chef-mécanicien. Il s’était ingénié à sentir la vie du chalutier tout entier.

Et voilà que cela ne suffisait pas, que quelque chose lui échappait, qu’il avait l’impression de tout comprendre, sauf précisément, l’essence même du drame. » © Omnibus.

 

Une fois la double vérité établie – l’assassinat de Fallut est à la fois une vengeance et un meurtre par procuration – Maigret fait classer l’affaire. Peut-être moins, cette fois-ci, pour raccommoder des destins que pour fuir au plus vite ces gens dont la médiocrité l’accable. Pourtant tout rentre dans l’ordre : Fallut et Le Clinche n’ont pas eu le courage d’aller au bout de leur folle passion, et si l’un a payé sa lâcheté de sa vie, l’autre est revenu auprès de celle qui est certainement une bonne épouse et une bonne mère mais qui n’aura jamais ce « côté sauvage », qui fait tourner la tête des hommes. Quant à Adèle, Maigret la retrouvera un jour par hasard dans une « maison spéciale de la rue Pasquier ». Comme si, finalement, malgré la mort d’un homme et d’un gamin, rien ne s’était passé.

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Le monde de Maigret - 4

Tag(s) : #1931, #Scènes de la vie de province, #Ports

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