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Drôles de vacances! A peine arrivée aux Sables-d’Olonne avec son mari, Mme Maigret est hospitalisée pour une crise d’appendicite. Et voila le commissaire désœuvré et bougon, errant dans la ville et attaquant au blanc sec dès huit heures du matin : « Qu'est-ce qu'il aurait fait d'autre, sinon manger et boire! C'était vrai qu'il n'avait jamais tant bu de sa vie. » (2007 : IV-244)

 

Heureusement, un mot glissé dans sa poche par une infirmière de la clinique va le pousser à s'intéresser à la mort suspecte d’une jeune femme, tombée d’une automobile, puis à l’assassinat d’une petite fille. Il mène alors à titre personnel une enquête à sa manière, par petites touches, en conversant avec les joueurs de bridge qui se réunissent l’après-midi à la Brasserie du Remblai et en faisant du porte à porte chez les commerçants du front de mer. Une patiente enquête de proximité, comme les aime Maigret, et comme s’il voulait montrer à ses collègues sablais comment procéder.

 

Une fois de plus, Simenon excelle dans la description d’une petite ville de province et de ceux qui y vivent, de la bourgeoisie hautaine et sûre d’elle (« C’était une question de caste, en quelque sorte, et le commissaire commençait à en avoir chaud aux oreilles. ») aux familles de milieux populaires frappées par le malheur, en passant par les commerçants prospères. Quand aux religieuses-infirmières de la clinique où est soignée Madame Maigret, elles n'attirent  guère sa sympathie :

 

« Il s’était promis d’être diplomate, mais cette grande bourgeoise en cornette l’irritait, il ne savait pas pourquoi. Ou plutôt si, il le savait. A la même heure,ces messieurs du Parquet pataugeaient dans la petite maison des Duffieux avec les inspecteurs. Les Duffieux n'avaient rien fait non plus, que travailler toute leur vie et compter les sous un à un. Il y avait une petite morte à leur foyer et, au lieu de les laisser à leur douleur, on ne se faisait pas faute de les questionner sur leurs affaires les plus intimes, tandis que les curieux collaient leur nez aux fenêtres et que les journalistes les bombardaient de magnésium. Alors? » (2007 : IV-315)

 

Les vacances de Maigret allie ainsi l’observation d’une ville balnéaire que Simenon connait bien à l’illustration de la « méthode  Maigret ». Dans ce drame de la jalousie morbide, le commissaire, confronté à un homme apparemment ordinaire, intelligent et sans passé criminel, se pose une fois de plus la question de savoir comment et pourquoi on devient un assassin. La folie meurtrière qui s'empare de celui-ci débouche sur une des histoires les plus tristes à laquelle est confronté Maigret, dans laquelle les victimes sont jeunes (l'une est encore une enfant) et, pour deux d'entre elles, innocentes. Une histoire d'amour fou aux conséquences tragiques à laquelle Simenon oppose les relations paisibles et tendres, mais oh combien solides, qui lient le commissaire et Mme Maigret :

 

« Maintenant l’habitude était prise. C’était devenu un rite. Il restait une demi-heure. Il n’avait rien à dire. La présence de la vieille fille rageuse l’empêchait d’ouvrir la bouche. Au fait, en période normale, qu’est-ce qu’il racontait à sa femme quand il était avec elle ? Il lui arrivait aujourd’hui de se le demander. Rien en somme. Alors pourquoi, toute la journée, lui manquait-elle tellement ? » (2007 : IV-244)

Le monde de Maigret - 33

Tag(s) : #1947, #Scènes de la vie de province, #Vendée et Charentes
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