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Le début de Maigret et la Grande Perche est assez intrigant : Ernestine, dite la Grande Perche, une ancienne prostituée qui a eu jadis affaire à Maigret, l’informe que son mari, Fred-le-Triste, cambrioleur et perceur de coffres-forts, lui a téléphoné pour lui dire qu’il avait vu le cadavre d’une femme sur le lieu d’un de ses exploits, une villa de Neuilly. Craignant d’être accusé du meurtre, Alfred disparait dans la nature. Une fois la villa identifiée, Maigret se rend sur place mais ne trouve ni corps ni indices, seulement le docteur Guillaume Serre, un chirurgien-dentiste qui y vit avec sa mère. Celui-ci l’informe que sa femme l’a quitté et est partie pour Amsterdam… Bien qu’il essaie de se persuader que l’affaire n’a rien d’extraordinaire - « Une histoire de Hollandaise qui a peut-être été assassinée, mais qui est peut-être en vie quelque part. » (514) » - le commissaire, fort d’une « intime conviction », lance une procédure : il organise des surveillances, fait intervenir la police scientifique dans la ville et se livre à de longs interrogatoires du mari et de sa mère, de la femme de ménage, d’un patron de bistrot, et, à distance, d’une amie hollandaise de la disparue. Pendant qu’Ernestine poursuit plus discrètement ses propres investigations.

Dans ce roman où les dialogues abondent, on retiendra surtout le long interrogatoire (il occupe les quatre derniers chapitres du roman), du Docteur Serre. Une confrontation qui tourne vite à un affrontement entre Maigret et le dentiste. Le choc avec ce dernier, « plus grand, plus large et plus lourd que le commissaire » (510), « un Turc comme on en voyait jadis sur les images », n’est heureusement pas physique mais se transforme vite une lutte psychologique sans merci entre deux hommes comparés à des boxeurs :

Ce n’étaient que les premières passes. Deux poids lourds étaient en train de s’observer, de se mesurer de l’œil, de se tâter, dans le bureau qui devenait une sorte de ring, et le silence régnait dans la pièce des inspecteurs, où Janvier venait de mettre ses collègues au courant. (2007-V : 560-61)

Confronté à un suspect de même carrure que lui, habile dans ses réponses, Maigret a bien du mal à faire craquer le vernis, à trouver » l’homme nu » sous la carapace.

Maigret hésita. Il en avait vu de toutes sortes, des malabars, des têtus, des obstinés, des retors, mais personne ne lui avait jamais répondu avec une volonté aussi tranquille. (2007-V : 529)

De ce roman de  confrontation entre deux hommes, on retient aussi le portrait de la mère de Guillaume Serre, une femme à la « sérénité protectrice d’une mère supérieure » (526) prête à tout pour protéger son fils et défendre ses intérêts. En ce sens elle préfigure le personnage de Mme Moncin dans Maigret tend un piège.

Georges Simenon, Maigret et la Grande Perche © Paris, Presses de la Cité, 1951 et Omnibus, 2007.

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Tag(s) : #1951, #Paris, #Presses de la Cité
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