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Dans Maigret et les braves gens, le commissaire retrouve Montparnasse – déjà largement évoqué dans La tête d'un homme et Le charretier de la Providence – dans sa partie la plus paisible, la rue Notre-Dame-des-Champs et ses « immeubles bourgeois jouxtant les couvents, bien loin de l'agitation des brasseries de luxe du carrefour ». Mais il n’y a rien de mondain chez les Josselin, des braves gens qui n’ont rien à se reprocher, un couple de retraités à l'abri du besoin vivant dans une atmosphère calme et feutrée, rythmée par les promenades au jardin du Luxembourg pour l'un et la garde des petits-enfants pour l'autre. Qui pourrait donc leur en vouloir et qui a pu abattre René Josselin de deux balles de revolver pendant que sa femme et leur fille étaient au théâtre ? Ce milieu n’est guère habitué au crime et Maigret n’est pas très à l’aise. Les coupables potentiels ne sont pas nombreux, voire inexistants, et la famille n'en dit pas plus que nécessaire : tout le monde sait mais tout le monde se tait dans Maigret et les braves gens.

 

« René Josselin avait été assassiné et les gens assassinés appartiennent automatiquement au domaine public. Dans quelques heures, la vie intime d’une famille serait exposée avec tous ses détails, vrais ou faux, et chacun aurait le droit d’émettre des hypothèses. »

 

Devant les faux-fuyants et les non-dits, Maigret privilégie l’enquête de voisinage, comme toujours. Cela va l’emmener à explorer l’immeuble de la cave au grenier exercice dont il est familier – et à découvrir tout un microcosme. Mais surtout il va tenter de voir comment vivent les Josselin et « essayer de se mettre à leur place ». Pas si simple, car pour Maigret, plus habitué au monde des truands, de la haute bourgeoisie, des notables de province ou des mariniers, les Josselin, qui pourraient être ses voisins de palier boulevard Richard-Lenoir, sont bien difficiles à cerner.

 

« Il avait besoin de garder le contact avec la rue Notre-Dame-des-Champs. Certains prétendaient qu’il tenait à tout faire par lui-même, y compris les fastidieuses filatures, comme s’il n’avait pas confiance en ses inspecteurs. Ils ne comprenaient pas que c’était pour lui une nécessité de voir les gens vivre, d’essayer de se mettre à leur place. »

 

Roman d’atmosphère, portrait d’une famille et des habitants de l’immeuble dans laquelle elle vit, Maigret et les braves gens n’est pas une extraordinaire enquête policière : Maigret ne joue pas ici à armes égales avec l’entourage de la victime qui a compris ce qui s’était passé mais reste silencieux pour des raisons qui tiennent à sa propre histoire. Toujours les éternels squelettes dans les placards ! Cela n’empêchera pas le commissaire d’aller jusqu’au bout et de comprendre ce qui a poussé quelqu’un à assassiner René Josselin. Centré autour de cet homme paisible, victime collatérale en quelque sorte d’une affaire de famille, Maigret et les braves gens est une belle étude de mœurs et une analyse convaincante du sentiment de trahison et de culpabilité.

 

Citations © Omnibus, 2007

Tag(s) : #1961, #Paris

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