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Maigret s’amuse est l’un de mes romans préférés de Georges Simenon. D’abord pour son originalité, puisque l’enquête se déroule de l’extérieur de la PJ, Maigret ayant pris des vacances (à Paris) et s’étant juré de ne se mêler de rien. Ce qui ne sera pas le cas puisque la lecture attentive de la presse (le journaliste Simenon s’en donne à cœur joie en truffant le roman de longs articles) et l’attention qu’il porte aux réactions de l’homme de la rue permettront au commissaire de débrouiller l’affaire tout en aidant discrètement l’un de ses adjoints à démêler le vrai du faux.

Une autre raison est que Maigret profite de ses jours de repos pour parcourir Paris en compagnie de Mme Maigret, qui délaisse pour l’occasion sa cuisine et son ménage. Maigret piéton de Paris, pour une fois plus touriste que policier. Les promenades du couple sont l’occasion de revoir des lieux familiers de leur arrivée dans la capitale plus de trente ans auparavant – la place du Tertre, Montmartre, le Canal Saint-Martin – et de dîner dans une guinguette de Joinville avec leurs amis Pardon. Et aussi pour Maigret de se remémorer des d’enquêtes passées. Simenon vient à peine de rentrer des Etats-Unis quand il rédige le roman (paru en 1957) et l'on sent ici le plaisir de retrouver des itinéraires qu’il n’avait pas empruntés depuis la fin de la guerre.

Enfin ce roman est un des rares qui permettent de pénétrer intimement l’univers des Maigret. Très discrets dans l’expression de leurs sentiments - « Ils ne se parlaient jamais beaucoup quand ils étaient tous les deux » -, souvent éloignés l’un de l’autre pour raisons professionnelles, ces cinq jours d’août à déambuler dans Paris et à fréquenter cafés et restaurants seront pour eux l’occasion de quelques manifestations de tendresse et même d’évoquer un souvenir intime qui fera rougir Mme Maigret !

« Il y avait peu d’endroits à Paris à ne pas évoquer une enquête plus ou moins difficile, plus ou moins retentissante. Mme Maigret les connaissait par ouï-dire. » © Presses de la Cité, 1957.

Une partie du roman est liée à l’enquête officielle – la découverte, dans un placard du cabinet du docteur Jave, boulevard Haussmann, du corps dénudé de son épouse – et conduit Maigret à s’approcher discrètement du lieu du crime et d’autres adresses qui lui sont liées : la rue Washington, près des Champs-Elysées, la rue des Saints-Pères et la rue du Bac dans les sixième et septième arrondissements.

L'autre partie concerne les promenades de Maigret depuis le 132 boulevard Richard-Lenoir, seul ou en compagnie de son épouse : la place de la République où il achète les journaux et les lit en terrasse, le canal Saint-Martin, où Mme Maigret hésite à rentrer dans un café qu’elle juge peu propre, la place du Tertre et le Sacré-Cœur (avec les escaliers Saint-Pierre qui mènent vers le boulevard de Rochechouart), Bercy et le quai de Charenton où Maigret regrette de ne pas avoir cherché à y louer un appartement d’où il pourrait voir les péniches.

« Paris prend tout à coup des airs de banlieue. Il avait toujours aimé les larges quais de déchargement encombrés de tonneaux et de matériaux de toutes sortes, les pavillons grisâtres, entre les immeubles neufs, qui rappelaient le Paris d’autrefois. © Presses de la Cité, 1957.

Dans les toutes dernières pages de Maigret s'amuse, le commissaire assistera à la fin de l'enquête depuis un bistrot du quai des Grands-Augustins d'où il pourra voir un de ses inspecteurs dans son propre bureau du quai des Orfèvres.

Tag(s) : #Paris, #Rues, #Quais, #1956

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