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A la demande d’un cousin de sa femme, Maigret accepte de se rendre à titre officieux à Givet, dans les Ardennes, à la frontière belge, pour aider les Peeters, une famille de commerçants aisés jalousés par les habitants de la ville. Les Peeters, des Flamands qui tiennent une épicerie-buvette le long de la Meuse, sont soupçonnés d'être responsables de la disparition d'une jeune femme, Germaine Piedbœuf, dont Joseph, le fils de la famille, a eu un enfant. Celle-ci aurait été un obstacle au mariage entre Marguerite, la fille du docteur Van de Weert, et Joseph, son cousin.

L’ambiance est pesante. Sous une pluie battante et glacée, alors que les péniches sont bloquées par la crue de la Meuse, Maigret, perçu comme celui venu de Paris pour défendre les riches, les Peeters, forcément coupables, est confronté à l’hostilité générale, Il doit aussi prendre en compte le statut de ville-frontière de Givet avec ses mariniers, dont quelques-uns, les Flamands, fréquentent le commerce des Peeters, dénigrés par ceux qui préfèrent les cafés où l’on sert du vin et des apéritifs :

Ils n’ont pas les mêmes idées que nous… Pour eux, ce n’est pas un bistrot… C’est une épicerie, bien qu’on serve à boire au comptoir… Et les femmes elles-mêmes boivent le coup en faisant leurs provisions… Il paraît que c’est ce qui rapporte le plus (2007 : 582)

Dans ce roman dont le titre pourrait être « Maigret observe », Simenon s’attarde à décrire les difficultés d'une famille d'origine étrangère dans une ville de province, avec en particulier les différences sociales, qui vont jusqu’au mépris de classe, entre les Piedbœuf, des petites gens travaillant dans une usine de Givet, le père comme gardien le fils comme petit employé et où Germaine était dactylographe, et les Peeters : «  Toute la ville est contre nous, parce que nous sommes des Flamands et que nous avons de l’argent… » (2007 : 575)

Chez les Flamands vaut ainsi par l’atmosphère qui règne autour de l’enquête, dans la maison des Peeters, qui rappelle à Maigret l’enquête d’Un crime en Hollande, et dans les cafés où s’attardent les mariniers : une atmosphère épaisse, pesante, que la pluie incessante rend encore moins supportable. De quoi laisser le commissaire perplexe :

Ce n’était pas une enquête. Il n’y avait aucun point de départ, aucune base. Il n’y avait qu’une poignée d’humains qui poursuivaient chacun leur propre vie dans la petite ville balayée par le vent. (2007 : 612)

Maigret découvre la vérité mais reprend le train pour Paris sans livrer l’auteur du crime à la justice. Par bonté d’âme ou parce que les preuves sont difficiles à apporter ? Un pauvre bougre en fuite, que l’on ne retrouvera pas, fera un parfait coupable et la vie continuera à Givet. Il n’empêche que, même si l'on sait que Maigret aime être un « raccommodeur de destins », il y va un peu fort ! Car il y a quand même eu préméditation, dissimulation de cadavre et subornation de témoin… Peut-être était-il dans un bon jour.

Georges Simenon, Chez les Flamands, Paris, Arthème Fayard, 1932.

Le monde de Maigret - 44

Tag(s) : #1932, #Belgique, #Quais, #Péniches et mariniers
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