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Malgré un avertissement anonyme annonçant à la police le meurtre d’une voyante, Mme Jeanne, qui officiait rue Caulaincourt, est assassinée dans son appartement. Sur les lieux, Maigret trouve un vieillard hébété, Le Gloaguen, qui prétend ne rien savoir. Ancien médecin de la marine, vivant entre une épouse acariâtre et une fille prétentieuse, Le Gloaguen est-il vraiment fou, comme le prétendent les deux femmes ? Après avoir interrogé ceux qui, de près ou de loin, côtoient le vieillard, sa femme et sa fille, les voisins et la concierge, la patronne d’une auberge, l’avoué chargé de lui verser une rente régulière, Il va découvrir une sordide histoire de substitution d’identité et de chantage où la cupidité et l’intérêt tiennent la première place. 

Signé Picpus est un roman complexe – plusieurs lieux, plusieurs personnages sans liens apparents – avec une double enquête, l’une sur l’assassinat d’une voyante apparemment sans histoires et l’autre sur la place que tient un vieillard fragile dans une famille sous l’emprise d’une femme bouffie de suffisance, autoritaire et dominatrice. L’action se déroule non pas dans le quartier de Picpus mais entre la place des Vosges, le boulevard des Batignolles et la rue Caulaincourt, dans le nord de Paris. D’où des aller-retours de Maigret entre ces trois adresses sous une chaleur estivale accablante, avec en plus une escapade en compagnie de Mme Maigret à Morsang-sur-Orge, l’occasion pour Simenon d’évoquer l’ambiance des fins de semaine au bord de la rivière avec ses pêcheurs et ses couples qui dansent le soir sur la terrasse de l’auberge.

Commencée avec l'assassinat de la voyante, l'enquête se déporte ensuite sur l'énigme Le Gloaguen. Ce n’est qu’une fois celle-ci élucidée que Maigret peut revenir à la première affaire. L’explication finale est alors l’occasion d’une scène surprenante : ensommeillé après de longues heures de veille – et peut-être un peu alourdi par l’alcool – Maigret se livre dans le taxi qui l’emmène au quai des Orfèvres où il doit retrouver tous les protagonistes à un long monologue intérieur dans lequel il résume l’affaire. Cette réflexion, qui est plutôt la répétition des explications qu’il destine au juge d’instruction (dont il ne partage pas les méthodes et les conseils, ce  qui n’est pas nouveau), vient en complément de plusieurs passages du roman écrits au présent de l’indicatif, soulignant ainsi les réflexions « en direct » du commissaire sur certains points forts de l’enquête.

Roman très noir introduisant des personnages sans moralité ni scrupules, certains doublés d’imbéciles, et particulièrement une femme haineuse et arrogante, toujours prête à nier l’évidence – l’une des pires harpies décrites par Simenon, ici dans la veine d’un Jules Renard ou d’un François Mauriac – Signé Picpus est une des meilleures enquêtes du commissaire. Intrigué par l’avertissement anonyme au début du roman on retrouve l'annonce similaire qu'un crime va avoir lieu dans deux romans, L’affaire Saint-Fiacre et Maigret hésite et une nouvelle, Menaces de mort.), perplexe face à l’attitude d’un des témoins et ressentant une antipathie immédiate envers un autre, Maigret semble tout d'abord perdu et hésitant. Mais une fois de plus, c’est en s’imprégnant de l’atmosphère ambiante, en mobilisant « sa faculté effrayante de se mettre dans la peau de ses semblables » puis en utilisant le talent qu'il a pour faire parler les suspects :

Maigret, par tradition, avait commencé par la « chansonnette », l’interrogatoire bon enfant, cordial, avec l’air de n’attacher aucune importance aux questions posées, avec même l’air de s’excuser d’une simple formalité. (2007- III : 686)

qu’il parvient à démêler les fils de l’affaire.

Georges Simenon, Signé Picpus © Paris, Gallimard, 1944 et Omnibus, Volume III, 2007.

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Tag(s) : #1944, #Paris, #Gallimard
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